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Rencontre : Audrey Mattio (le Théâtre du Passage – Avignon) réveille le clown qui sommeille en vous
Publié sur le blog ouvert aux publics le 21 mars 2016 par Laurent Bourbousson

Si votre chemin croise des points rouges dans Avignon, n’ayez aucune crainte, vous serez au Théâtre du Passage. Ce nouveau lieu fait parti du paysage culturel de la ville depuis le Festival Off 2015. Audrey Mattio, sa directrice, dédie son lieu au clown, au burlesque et au théâtre physique. Rencontre.

Audrey Mattio, directrice du lieu, a cette voix qui pétille lorsqu’elle vous accueille. Dans son petit théâtre, qu’elle a ouvert en juillet dernier pour le festival, elle se place à la tête du premier lieu, à Avignon, dédié au clown, au burlesque (entendre par ici le clown !) et au théâtre physique. Quand vous lui demandez d’où vient-elle et comment est-elle arrivé ici, au 104 rue Philonarde (Avignon), vous êtes loin d’imaginer que l’histoire vous emmènera de La Fare-les-Oliviers à New-York en passant par le Canada. Il faut dire que Audrey a l’art de raconter les histoires, qui sont toutes vraies. Elle utilise dans son récit tous les ressorts nécessaires pour vous tenir en haleine.

Partie aux Etats-Unis pour travailler dans une galerie d’art associative, Audrey rencontre son mari et découvre la notion de la communauté très importante dans la vie quotidienne américaine. De retour en France, à deux, et après un licenciement, le couple décident de repartir à New-York. Tout fraîchement arrivés à Rockaway Beach, ils essuient le passage de l’ouragan Sandy. Si l’ensemble du quartier est touché, leur appartement ne souffre pas de dégâts. Cependant, tous les habitants sont relogés et touchent une somme d’argent. C’est à ce moment que Audrey décide d’ouvrir un lieu pour rassembler les gens du quartier. « Certains avaient tout perdu, j’ai décidé de faire quelque chose pour la communauté. On m’a prêté un garage à titre gracieux et j’ai décidé d’en faire un lieu de résilience pour que les gens viennent et s’amusent pour oublier l’espace d’un moment leurs tracas. Pendant des mois et des mois, il y avait du sable partout, c’était un paysage apocalyptique. » Audrey propose des spectacles, des activités pour enfants, autour du cirque et du clown. « Ce qui est marrant, c’est que dans les année 30, il y avait un parc d’attractions et beaucoup d’activités dans le quartier. C’était Playland Rockaways. Afin de faire le lien, je décide de faire un collectage de témoignages auprès des habitants, et je rencontre les derniers propriétaires du parc que je croyais morts ! Avec toute cette collecte, je monte une exposition photos. Tout le monde est heureux et je crée mon premier « Variety show », où les gens sont invités à faire des présentations de clowns, et je fais venir aussi des personnes pour des spectacles. »

Cette passion du clown, Audrey la vit depuis 2009 au travers de stages qu’elle suit en France, en Espagne, aux Etats-Unis. D’ailleurs, c’est à cause de, ou plutôt, grâce à un stage suivi au Canada qu’elle se trouve ici aujourd’hui. « C’est lors du retour d’un stage au Canada d’avec Francine Côté que tout bascule. Je suis arrêtée à la frontière pour un problème de visa ! Je ne sors pas assez du territoire américain pour ce type de visa. Retenue au Canada, je peux retourner aux USA 10 jours après pour faire mes valises. Ben, mon mari, quitte son emploi de professeur universitaire et nous revenons à La Fare-les-Oliviers. »
Elle raconte tout ceci avec son rire qui la caractérise. Plus d’un auraient jeté l’éponge après ces mésaventures mais Audrey rebondit. Elle décide d’ouvrir un théâtre à Avignon pour continuer à faire ce qu’elle a mis en place à New-York. Tout son entourage lui parle des prix exorbitants des locations de lieux, mais rien n’y fait, elle en ouvrira un. Et c’est par l’heureux hasard de manquer de se faire écraser par une voiture que tout redémarre.
Le conducteur, Gilles Locatelli, est un ami qu’elle n’a pas vu depuis longtemps mais avec lequel elle travaillait 10 ans auparavant. Elle lui explique son projet, lui, lui parle du sien , un projet de vie flottant à Avignon. Audrey verrait bien son théâtre sur la péniche. Ils décident alors de travailler à nouveau ensemble. Le projet ne voit, malheureusement, pas le jour.
Propriétaire d’une maison avec garage, Audrey propose à Gilles d’ouvrir un théâtre dans son garage. Bingo, Gilles accepte. « Il y avait 4 voitures là-dedans » dit-elle amusée. Et il ne reste que 6 mois avant le festival.

3 mois pour la partie administrative, 3 mois pour les travaux, 6 mois pour proposer à son carnet d’adresse de venir jouer à Avignon, en coproduction et le tour est joué. Audrey ouvre son lieu avec le festival Off. Sur la place parrallèle à la rue philonarde, des caravanes aux points rouges sont installées. Elles sont les loges des artistes. Un lieu convivial voit le jour et Audrey y reconnait ce qu’elle a vécu à New-York. Les gens qui passent sur la place s’arrêtent, discutent. Du lien se crée dans le festival, entre les festivaliers et entre le lieu et le public.
Audrey défend le clown acteur social. Pour elle, ce que véhicule l’image du clown est fédérateur. « Le clown est le reflet de l’humain. Il peut être triste, désopilant, il bouscule, il titille, c’est cela que je trouve magnifique. On peut se retrouver dans différents clowns. » Le sien, elle l’a trouvé en stage. Il prend les traits d’une petit vieille, qui se prénomme Eperluette, qui aime les sucreries et qui a peur de la mort. « Mais chacun a son clown, me dit-elle, il est la figure exponentielle de soi. » Audrey compte bien réveiller le clown qui sommeille en chacun de nous à travers sa programmation de stages dirigés par des artistes.

Quand à sa programmation de spectacles, elle se construit avec les clowns qu’elle connaît et ceux avec lesquels elle a envie de travailler. Elle propose et à eux de prendre la balle au bond. Sa programmation s’articule autour du festival et à l’année. Elle se laisse ainsi la possibilité d’accueillir des compagnies en résidence et de proposer des surprises. Même si le rapport scène/public de sa salle est correct, elle pense à un autre lieu, un peu plus grand. Mais la question financière est toujours préoccupante. « J’ai envie de mettre un trapèze dans le futur lieu mais pour cela, il faut un plafond haut ! »
Si le lieu est jeune, il a déjà une place toute faite à Avignon puisque c’est le seul lieu dédié à cet art.
A la question des clowns célèbres, et qu’elle aime, elle cite volontiers : Arletti de la compagnie l’Entreprise, Emma la clowne, le Boudu, Ludor Citrik, BP Zoom.
Peut-être des artistes que l’on croisera dans son théâtre…